Par Doris Leuthard
Dans un monde interconnecté en rapide croissance, le marché de l’énergie s’est internationalisé. Nous pouvons garantir la sécurité de l’approvisionnement à condition de renoncer à nos illusions d’autarcie. Il faut à cette fin une politique nationale de l’énergie encourageant le développement continu des énergies renouvelables indigènes et l’amélioration du rendement énergétique.
Nous pourrons faire face à cet enjeu en poursuivant résolument la politique que le Conseil fédéral a présentée dans sa Stratégie énergétique 2050 comme objectif à long terme. De plus, de concert avec les milieux politiques et en collaboration avec l’économie numérique, le secteur de l’énergie devra mettre en place ce que l’économiste américain Jeremy Rifkin a appelé un «Internet de l’énergie», c’est-à-dire la mise en réseau de l’ensemble de la production, du transport et de la consommation géré par des systèmes informatiques. Dans cette perspective, le monde aura besoin d’une architecture énergétique fondée sur deux piliers: des politiques énergétiques nationales contribuant à améliorer le rendement et à réduire la consommation et une infrastructure internationale «intelligente» susceptible d’optimiser et de connecter la production, le transport et la consommation compte tenu de la volatilité de la production d’électricité et de celle, croissante, des prix négociés aux bourses de l’électricité en exploitant et en mettant en réseau les ressources informatiques mondiales.
Selon le Conseil mondial de l’énergie, notre politique et notre approvisionnement énergétiques figurent en tête de classement: nous gaspillons peu d’énergie et nos pertes dues au transport sont minimes. Grâce à l’énergie hydraulique et aux centrales de pompage-turbinage, nous pouvons nous appuyer sur une production d’énergie à partir de sources renouvelables sans causer d’importants dégâts collatéraux à l’environnement. Nos perspectives sont bonnes, mais nos entreprises vont être confrontées à d’importantes restructurations indépendamment des décisions politiques. Car en Suisse, rien n’a encore changé. Aucune centrale nucléaire n’a été mise hors service, aucune loi n’a été adoptée.
Il faut donc que nous cessions de rêver d’autonomie en matière d’approvisionnement. C’est pourquoi nous cherchons dès maintenant à créer des réseaux internationaux. Nous importons du pétrole, du gaz et des carburants provenant de plusieurs sources. Nous misons sur des partenariats énergétiques avec des pays sélectionnés, nous misons également sur des coopérations avec les meilleures universités dans le domaine de la recherche. Pays tourné vers la recherche, la Suisse peut en effet compter sur ses écoles polytechniques fédérales.
Voici les étapes de la mise en place d’une infrastructure énergétique d’avenir: Le Conseil fédéral a adopté en septembre 2013 le message relatif au premier paquet de mesures de la Stratégie énergétique 2050. La Stratégie Réseaux électriques est adoptée et sera mise en consultation à l’automne 2014. Le Parlement a décidé d’augmenter les subventions, ce qui nous permet, depuis le 1er janvier 2014, de réduire la liste d’attente pour l’octroi des subventions RPC (rétribution à prix coûtant du courant injecté). Par ailleurs, le Parlement a approuvé l’allocation de 200 millions de francs supplémentaires pour l’innovation et la recherche. La Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie du Conseil national délibère actuellement de la Stratégie énergétique 2050 et de deux initiatives populaires.
Nous devrions maintenant encourager tout ce qui favorise l’amélioration de notre efficacité énergétique et la réduire de la consommation. Ces mesures doivent être prises à trois niveaux: en premier lieu, au niveau politique, par l’élaboration de prescriptions transparentes et applicables permettant notamment de simplifier les procédures d’autorisation, deuxièmement, au niveau des quelque 800 entreprises d’approvisionnement en énergie, qui passent lentement du statut de simples vendeurs à celui de véritables prestataires en électricité, mais dont les procédures restent encore parfois inefficaces, et troisièmement, au niveau des consommateurs qui peuvent apporter leur contribution, par exemple en réglant correctement le chauffage et le chauffe-eau, en tenant compte de l’étiquette «Energie» lors de l’achat d’appareils électroménagers ou de voitures et en assainissant les bâtiments.
Concernant l’approvisionnement en énergie, tous les responsables de la politique, de l’économie et de la société doivent tenir compte de trois facteurs: l’ouverture aux innovations technologiques: l’avenir de l’approvisionnement énergétique est international et présuppose une intelligence technique; un négoce mondial de l’énergie libre, fonctionnant selon des règles similaires à celles de l’OMC, par exemple sur la base d’une charte de l’énergie réglant le négoce, le transit ainsi que la sécurité des investissements et la coopération des meilleures universités dans le domaine de la recherche; une stratégie englobant celles de l’énergie et des réseaux ainsi que le climat et les ressources.
Sur le papier, les choses se présentent bien. Mais en réalité, elles n’avancent guère. Au cours des dix dernières années, la Suisse n’est par exemple parvenue à construire que 150 kilomètres de ligne pour le réseau d’électricité. Or, il en aurait fallu dix fois plus. Cela étant, de nouveaux réseaux équipés de technologie intelligente sont nécessaires. C’est pourquoi il est aussi nécessaire d’intégrer les technologies de l’information (TIC) à tous les échelons. Nous avons besoin d’une infrastructure intelligente pour l’ensemble de l’approvisionnement en électricité: chaque section du réseau - depuis le compteur d’électricité à la maison jusqu’aux turbines des centrales - doit être intégrée dans un système unique. Grâce à l’achat d’entreprises spécialisées dans la technique des bâtiments (vannes, systèmes de gestion et capteurs), Google pourra bientôt savoir lorsqu’une personne a toutes les chances de se trouver à la maison pour réceptionner un colis du service de livraison. Un « réseau intelligent », alimenté par des milliers de sources d’énergie et relié à des milliers de consommateurs, permettrait de réaliser des gains d’efficacité considérables.
Il faut cependant aussi recourir aux TIC pour gérer la volatilité croissante de la production. Dans son étude de prospective Green Revolution, le Réseau européen des gestionnaires de réseau de transport d’électricité (ENTSO-E) prévoit une augmentation des énergies renouvelables allant jusqu’à 60 % d’ici 2030. Une telle évolution exigerait de la flexibilité au niveau de la production et des réseaux. Afin d’aplanir les fluctuations dans le réseau, il faudrait aussi y associer les petits producteurs.
La politique et la société feraient bien de ne pas annoncer la mort du tournant énergétique et seraient bien inspirées de continuer résolument sur la voie engagée. Quant aux entreprises, elles seraient bien avisées de ne pas s’accrocher aux modèles commerciaux connus, mais, dans la perspective d’un avenir gouverné par l’informatique, de créer de véritables réseaux (à l’image de Swisspower) au-delà des structures cloisonnées. Nous n’avons pas d’autre choix. Nous avons aujourd’hui la possibilité de mettre en place, pour les décennies à venir, un modèle d’approvisionnement opérationnel et solidement ancré au niveau politique. Faisons-preuve de volonté, et nous y parviendrons!
La conseillère nationale Doris Leuthard est Cheffe du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC).
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